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Histoire et mémoire La Shoah

Recensement LE POULIGUEN

Par OLIVIER GUIVARC'H, publié le mardi 14 octobre 2014 13:31 - Mis à jour le lundi 27 juillet 2015 09:48
  • Situation de la France :

 

Le 03 septembre 1939, la France et l'Angleterre déclarent la guerre à l'Allemagne. La France, au lieu d'attaquer vers l'Est se cantonne derrière la ligne Maginot. c'est la période de la "drôle de guerre". Mais le 10 mai 1940, l'Allemagne lance son offensive en France. S'en suit une immense masse de réfugiés (entre 5 à 6 millions de personnes) qui fuient l'avancée allemande.

Le 22 juin 1940, la France demande l'armistice et la France est coupée en deux (zone occupée - zone libre)

Le 10 juillet 1940, l'Assemblée Nationale vote les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain. Une nouvelle constitution est promulguée avec pour effet le changement de République Française en Etat Français.

Le régime vichyste s'engage alors dans une étroite politique de collaboration.

 

  • La politique antisémite de Vichy :

 

L'affaire Dreyfus (fin du XIXème siècle) qui a coupé la France en deux (dreyfusards et anti-dreyfusards) a laissé  un profond climat d'anti-sémitisme qui s'est répandu à toutes les couches de la société. L'arrivée du régime de Vichy laissera libre cours à l'expression sous toutes ses formes de la haine raciale : il s'agit d'organiser de manière administrative le désenjuivement complet de l'économie française et de participer activement au recensement, aryanisation, spoliation, déportation des Juifs français ou étrangers présents sur le territoire national.

 

Il élaborera de sa propre initiative le premier statut des Juifs

03 octobre 1940 : Est regardé comme juif, pour l'application de la présente loi, toute personne issue de trois grands-parents de race juive ou de deux grands-parents de la même race, si son conjoint lui-même est juif.

et le second statut

2 juin 1941 : Est regardé comme Juif : 1 - Celui ou celle, appartenant ou non à une confession quelconque, qui est issu d'au moins trois grands-parents de race juive, ou de deux seulement si son conjoint est lui-même issu de deux grands-parents de race juive. Est regardé comme étant de race juive le grand-parent ayant appartenu à la religion juive. 2 - Celui ou celle qui appartient à la religion juive, ou y appartenait le 25 juin 1940, et qui est issu de deux grands-parents de race juive.

Par ailleurs, on procède à la confiscation de tous leurs biens (ordonnance allemande du 18 octobre 1940 : les entreprises commerciales sont tenues d'afficher la mention "Judisches Geschäft" [entreprises juives, confiscation de leurs automobiles, des bicyclettes, des postes de radio) , les entreprises de commerce sont aryanisées. Aucun juif ne peut posséder une entreprise et celles-ci sont transmises à un administrateur provisoire. Il y en aura 8 dans le département de Loire-Inférieure dont un chargé plus particulièrement des entreprises et des commerces de la presqu'île.

Les biens commerciaux peuvent être soit mis en gérance, l'argent provenant de l'activité commerciale étant versée par l'administrateur provisoire sur un compte bloqué et une petite partie reversée au propriétaire juif, soit purement et simplement liquidée s'il n'y a pas de repreneur ou si l'activité du commerce est peu "rentable" : un solde du passif et de l'actif est effectué et transféré là-aussi sur un compte bloqué. C'est le cas de la majorité des 80 commerces aryanisés sur la presqu'île.

Les actions ou obligations sont également bloquées et suivant le cas, c'est la Caisse des Dépôts ou le Service des Domaines à Nantes qui gère l'activité financière.

Lorsque les personnes sont arrêtés et déportés et lorsqu'ils sont propriétaires de leurs maisons ou appartements, les biens immobiliers passent eux-aussi sous administration provisoire. Les biens mobiliers quant à eux sont pillés. En France, on estime à 1 million de m3 le volume de meubles pillés dont la grande majorité seront envoyés dans le grand Reich.

 

En France, on compte aux alentours de 330000 juifs. un tiers seront déportés (78000) et 4000 seront assassinés sur le territoire français, soit au total aux alentours de 82000 personnes.

"L'année 1942 marque le début de la mise en œuvre de la « Solution finale » à l'échelle européenne. Le 27 mars, un premier convoi de déportés juifs quitte la France pour Auschwitz. Soixante-treize autres suivront par la suite, la plupart pour cette même destination.


Reinhard Heydrich se rend à Paris le 5 mai 1942 afin d'installer le général SS Karl Oberg comme chef de la SS et de la police en France et lancer la préparation des déportations massives. Adolf Eichmann, le chef de la section antijuive du RSHA, se déplacera à son tour le 30 juin. Entre-temps, une ordonnance allemande est proclamée le 29 mai, en même temps en France, en Belgique et aux Pays-Bas, relative au port de l'étoile jaune. Elle entre en vigueur le 7 juin. Peu après, l'accès à la plupart des lieux publics est interdit aux Juifs. L'exclusion se renforce.

Début juin, Oberg entame des négociations avec les autorités françaises sur l'organisation et les conditions de mise en œuvre de l'arrestation, du transfert et de la déportation des Juifs de France aboutissant à la signature d'un accord officiel avec René Bousquet, secrétaire d'État à la Police de Vichy représentant le gouvernement, le 2 juillet 1942. Ce document valide la participation des forces de l'ordre françaises aux arrestations de Juifs, le nombre des Juifs à arrêter et à livrer, les critères d'arrestation, le transfert de Juifs depuis la zone sud, alors non occupée, en vue de leur déportation. Le nombre est fixé à 100.000 personnes pour l'année 1942. Sur la proposition de Pierre Laval, la déportation des enfants de moins de 16 ans est en outre acceptée par Berlin et appliquée en août.

Malgré le nombre élevé de personnes prises lors de la rafle, organisée à Paris et en région parisienne les 16 et 17 juillet 1942, le quota de Juifs à déporter fixé par les Allemands et les représentants du gouvernement de Vichy lors de négociations n'est pas atteint. Pour y parvenir, l'État français se tourne vers les camps d'internement de la zone sud, encore non occupée. Ceux-ci constituent un vivier dans lequel il puisera régulièrement. Ainsi, parmi les 10 000 Juifs livrés au Reich en août-septembre 1942, figurent en majorité des apatrides et des étrangers provenant de ces camps. Les autres sont raflés à partir du 26 août dans les départements du sud de la France.

 

Une réaction indignée d'une partie de l'opinion publique

À cette date, le gouvernement s'efforce encore de conserver le contrôle illusoire des mesures prises envers les Juifs français, tout en acceptant que les enfants nés en France de parents étrangers soient déportés.

Plus de la moitié des Juifs déportés de France l'a été au cours du deuxième semestre 1942.

Les grandes rafles de l'été 1942 concernent pour la première fois des familles entières. Elles suscitent une réaction indignée dans une partie de l'opinion publique, jusqu'alors peu sensible aux persécutions commises contre les Juifs. Ainsi, une partie de l'épiscopat français, plus particulièrement en zone libre, se manifeste. De hautes personnalités comme Mgr Saliège, archevêque de Toulouse, Mgr Théas, évêque de Montauban, Mgr Delay, évêque de Marseille, le cardinal Gerlier, archevêque de Lyon, ou le pasteur Marc Boegner, protestent contre l'arrestation, les mauvais traitements et la remise des Juifs à l'occupant. Des institutions religieuses, des couvents, participent à l'accueil sous de fausses identités d'enfants, notamment ceux dont les parents étrangers sont enfermés dans les camps d'internement ou sont déjà déportés. Dans le milieu rural, des initiatives individuelles et spontanées se manifestent également.

 

Ces interventions et la désapprobation d'une fraction de la population ont un réel impact sur l'opinion publique.

Mais surtout, les Juifs prennent en charge leur propre sauvetage à travers les actions conduites par des organisations juives comme l'Ouvre de secours aux enfants, parfois appuyées par des organisations non juives, pour la plupart caritatives et religieuses.

 

Cette Résistance a revêtu divers aspects selon les circonstances et les lieux. Le rôle des femmes, souvent jeunes, est exemplaire, notamment dans le sauvetage des enfants qu'elles ont cachés ou fait passer en Suisse. La conjonction de toutes ces actions, juives et non juives, contribue grandement à la survie des trois quarts des Juifs de France ; un phénomène favorisé aussi par la géographie du territoire et les conditions de l'occupation du pays.


Par ailleurs, de nombreux Juifs de France s'engagent contre l'occupant au sein de la Résistance intérieure ou extérieure, suscitant également la création de mouvements spécifiques comme l'Organisation juive de Combat. Cet engagement des Juifs en Résistance prend de multiples formes."

[source : http://1942.memorialdelashoah.org/histoire_ete_1942.htm]

 

  • La situation au Pouliguen :

 

Maire du Pouliguen en 1939-1942: 

René TOUCHARD (photo1) (photo2) [Fonds photographique Archives Municipales du Pouliguen]

 


Secrétaire de Mairie 1939-1942 :

Edouard RIVET (photo) [Archives Municipales du Pouliguen, photographie extraite du Ouest-France du samedi 2 et dimanche 3 janvier 1971 lors de la cérémonie de son départ en retraite, Edouard Rivet se trouvant à droite sur la photo]

 

La commune du Pouliguen est chargée de l'accueil de tous les réfugiés qui arrivent en masse depuis 1939. Elle recense les villas susceptibles d'accueillir ces réfugiés et se chargera de verser une indemnité au propriétaire.

 

Fin juin 1940, les Allemands arrivent en presqu'île. Ils établiront une Kommandantur dans l'actuel Boulevard du Général Leclerc (Agence Centrale) (photo) [Fonds photographique, Archives Municipales du Pouliguen] et la Kommandantur principale se trouve à Saint-Nazaire (Kreiskommandantur 502). Les autorités allemandes demanderont à la mairie d'établir une liste des villas susceptibles d'être réquisitionnées et la liste des commerces indispensables ou non-indispensables, là-aussi pour en réquisitionner une partie.

 

  • Le recensement :

Les autorités allemandes vont s'appuyer sur le maillage administratif français pour recenser tous les juifs présents sur le territoire national (préfecture, sous-préfecture, mairie, commissariats). L'ordonnance allemande du 27 septembre 1940 oblige donc tout juif à se faire recenser (le 2 juin 1941 en zone dite libre). Les Juifs ont un mois pour le faire.

12 chefs de famille se font recenser au 08 novembre 1940 au Pouliguen + deux chefs de famille qui ne se sont pas fait pas recenser mais qui sont présents sur la commune soit au total 14 familles. Le recensement s'effectue normalement à la sous-préfecture de Saint-Nazaire mais il est fort possible que certains se soient recensés en mairie.

tableau récapitulatif Le Pouliguen

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accéder au tableau

Deux familles (famille GIUILI et famille ELIACHEW) sont résidents sur le Pouliguen à l'année plus la famille BEILIN qui possède une résidence secondaire mais qui y vient très régulièrement. Les autres familles sont arrivées en presqu'île au moment de l'exode de mai 1940 ou en septembre 1939 (pour les Alsaciens et les Lorrains).

 

Certains y resteront peu de temps (moins de 6 mois), d'autres y resteront jusqu'en juillet 1942. Tous ceux qui resteront jusqu'en juillet 1942 seront arrêtés et déportés (famille AUERBACH, famille CARON, famille MICHEL-CAHEN, famille LEVY Henri), la famille GIUILI est arrêtée quant à elle en août ou septembre 1942.

 


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carte au recensement 08 novembre 1940

 

 

  • Le rafles de juillet 1942 :

 

Au cours de l'été 1942  en zone occupée a lieu une opération de râfles appelée "Opération Vent Printanier". En Loire-Inférieure, cette rafle a lieu le 15 et le 16 juillet 1942. Elle débouchera sur 98 arrestations sur le département dont 66 en presqu'île. Ces arrestations sont opérées à partir de la liste de recensement de septembre-octobre 1940 et effectuée par la police allemande. Les personnes arrêtées sont transférées  à Nantes puis Angers (Haut-lieu de commandement allemand pour tout l'Ouest de la France, y compris la Bretagne). Les personnes parquées au Grand Séminaire sont déportées en train à partir d'Angers à destination d'Auschwitz le 20 juillet 1942. Le train partira à 20h35 d'Angers avec 824 personnes à son bord, fera un arrêt à la gare de Bobigny où une vingtaine de personnes descendront du train pour arriver à Auschwitz le 23 juillet 1942. A cette date, le sort des enfants de moins de 15 ans n'est pas tranché et ceux-ci sont transférés dans d'autres camps de transit (Camp de la Lande à Monts près de Tours, camp de Pithiviers...) avec leurs mères. En août 1942, les autorités françaises reçoivent l'autorisation de laisser déporter les 4135 enfants de Drancy, parmi eux 2000 enfants ont moins de 6 ans. En province, c'est également à cette période que les enfants et leurs mères seront à leur tour déportés.

 

Le 8 novembre 1942, la sous-préfecture de Saint-Nazaire transmet un courrier à la préfecture de Nantes précisant qu'il n'y a plus aucun juif présent en presqu'île à cette date.

 

Sur les 47 personnes juives (chef de famille + femme + enfants) présentes au Pouliguen au moment du recensement en 1940 :

 

  • 9 personnes ont été arrêtées le 15 juillet 1942 et déportées par le convoi numéro 8 au départ d'Angers vers Auschwitz le 20 juillet 1942, 9 ont été déportées par d'autres convois et une personne décède à Paris en 1940 : soit au total sur les 47 personnes, 19 sont décédées en déportation.

 

  • 1 personne GIUILI Salomon a été régulièrement persécuté dès 1940 jusqu'à Drancy en 1943 où il a pu échapper à la déportation.

 

  • 1 personne (Joseph LEVY) a été rayée des listes de recensement

     
  • 1 personne est décédée en 1940 (RUBMAN Fanny)

 

  • 5 femmes ou enfants ont un destin inconnu (les prénoms des épouses et des enfants n'apparaîssent pas sur les listes de recensement)

 

A noter que la proportion des arrestations sur l'arrondissement de Saint-Nazaire est extrêmement important : 66 sur 98 personnes arrêtées dans le département de Loire-Inférieure sont issues de la presqu'île, soit plus de 67%. A cela plusieurs raisons : la zone est remplie d'allemands réquisitionnée pour l'opération TODT (construction du mur de l'Atlantique) ; les premiers sur la liste de recensement sont des personnes qui ont été dénoncées en 1940 à commencer par Salomon GIUILI (dont la dénonciation est clairement sous-entendue dans un courrier de la sous-préfecture).

 

La rafle du 15 juillet 1942 sur la zone du Pouliguen (mais cela est valable aussi pour les autres communes de l'arrondissement) concerne indifféremment les personnes d'origine française que les étrangers.

 

Toutes les personnes déportées de presqu'île par le convoi numéro 8 le 20 juillet 1942 ou par d'autres convois plus tard sont décédées en déportation. Seules, deux personnes reviennent en 1945.

Trois familles reviendront au Pouliguen après guerre : la famille GIUILI, la famille BEHAR et la famille BEILIN.

liste alphabétique :

 

Pièces jointes