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le lycée dans la presse

Echo de la Presquîle 30 juillet 2015 : Rafle de juillet 1942 : les 66 Juifs dela Presqu'île sortis de l'oubli

Par webmestre galilee, publié le mardi 22 septembre 2015 12:08 - Mis à jour le mardi 22 septembre 2015 12:10

Ils habitaient Saint-Nazaire ou La Baule, tous victimes de la barbarie Nazie. Un groupe de Nazairiens et des lycéens guérandais les ont extraits des limbes de l'histoire.

Famille Auerbach devant la villa Serpolette Le Pouliguen
Else et Paul Auerbach le 7 mai 1941 devant leur maison, la « Villa Serpolette au Pouliguen ». Cette photo a été remise au lycée Galilée par leur petit-fils, Michael Roberts, citoyen américain qui a remonté leurs traces jusqu'au Pouliguen

 

« Hier soir, tard dans la nuit, nous et quelques autres avons été raflés [...] Actuellement, nous sommes sur le départ mais nous ne connaissons pas notre destination. Dès que nous pourrons, nous vous informerons de notre nouvelle adresse. »

Cette lettre, Else et Paul Auerbach l’ont écrite à l’attention d’une amie le 16 juillet 1942, peu après avoir été arrêtés au Pouliguen. Ce couple de Polonais avait trouvé refuge sur la Presqu’île deux ans auparavant, fuyant Paris après que leur commerce de confection ait été spolié dans le cadre de la politique d’aryanisation des biens juifs.

Installés dans la villa « Serpolette », rue Jeanne d’Arc, près du port, ils attendaient une réponse à leur demande d’émigration en Palestine, quand la police allemande est venue frapper à leur porte. Ils ont été déportés vers le camp d’extermination d’Auschwitz le 20 juillet 1942, et n’en sont jamais revenus.

« Il y a un énorme malaise »

Les époux Auerbach étaient deux des 66 citoyens juifs de Saint-Nazaire, de la Presqu’île et du Pays-de-Retz arrêtés les 15 et 16 juillet 1942 au cours d’une opération nationale, baptisée « Vent printanier » par les troupes d’occupation, et dont la rafle du Vél’d'Hiv fut l’un des tragiques épisodes.

Des hommes, des femmes, des enfants, des familles entières, comme les Angel, habitants de Tharon-plage, Salomon, Louise, et leurs 7 enfants âgés 2 à 17 ans. La plupart ont été embarqués le 20 juillet, dans le convoi n°8 en gare d’Angers, direction Auschwitz.

Seuls deux d’entre eux ont survécu, Jeanne Perahia et son fils Victor, de Saint-Nazaire. Ce dernier, alors âgé de 9 ans, a décidé après 40 ans de silence de se raconter dans un livre, Mon enfance volée, publié en 2006. L’internement à Drancy puis la déportation en mai 1944 vers le camp de Bergen Belsen, l’après-guerre et la difficile reconstruction. Conteur infatigable, Victor Perahia multiplie les interventions dans les établissements scolaires.

Un livre pour 2016

Jusqu’à peu, c’était bien le seul écho de cette page sombre de la Presqu’île, perdue dans les limbes de l’histoire.

« Après la guerre, le couvercle a été refermé sur ces événements. D’autant plus dans le secteur de la poche de Saint-Nazaire, où l’occupation a été un traumatisme. Il y a un énorme malaise sur toute cette période », évoque Charles-Henri de Choiseul.

Cet avocat nazairien, féru d’histoire et co-auteur d’un documentaire sur la base sous-marine, a commencé à mener des recherches en 2009, avec trois acolytes (1). Elles l’ont mené vers une maison du quartier de Kerfaouët à Saint-Nazaire. « Elle appartenait à une famille de marins et a été réquisitionnée par l’armée allemande pour regrouper les prisonniers avant leur transfert », affirme le Nazairien. Le groupe d’enquêteurs est allé à la pêche aux témoignages, des boulangers voisins ou d’un commis, 14 ans à l’époque, entré dans l’habitation pour apporter à manger aux prisonniers.

Un livre enrichi de vidéos est en cours d’élaboration. La publication est espérée pour juillet 2016.

« J’ai l’honneur de vous faire connaître que tous les juifs de mon arrondissement ont été arrêtés en juillet. » Un courrier du sous-préfet de Saint-Nazaire, en date du 6 octobre 1942, retrouvé par Charles-Henri de Choiseul et ses acolytes

 

Autre remarquable travail d’investigation, celui mené par 43 élèves du lycée Galilée de Guérande, encadrés par cinq professeurs et documentalistes.

En fouillant les archives départementales de Loire-Atlantique, ils ont mis des noms, des visages, retracé les vies, non seulement des 66 raflés des 16 et 17 juillet, mais aussi des 492 juifs identifiés lors du recensement de 1940. Certains ont fui dans l’intervalle, laissant sur place biens et commerces spoliés, d’autres ont été arrêtés après. « Une chose est sûre, le 8 novembre 1942 il n’y avait plus de juifs en Presqu’île », avance Olivier Guivar’ch, documentaliste et initiateur de ce projet scolaire (2), récompensé en mai par le prix national Annie et Charles Corin pour l’enseignement de l’histoire de la Shoah.

Une exposition de 11 panneaux résumant leur travail a été montrée 8 fois cette année en Loire-Atlantique. Elle le sera ainsi bientôt à la mairie du Pouliguen et au lycée Grand air de La Baule.

Julien Bouliou

(1) Renée Cadilhon, Sarah Francis et Yves Ryo.

(2) La Shoah : « exécuteurs, victimes, témoins » en Loire Atlantique durant la seconde guerre mondiale, à consulter sur le site Internet du lycée Galilée

 

Une plaque au Pouliguen


La cérémonie de pose de cette plaque s'est déroulée le 25 avril, en présence d'élèves du lycée Galilée de Guérande

 

A la suite du projet scolaire, un des enseignants impliqués, professeur d’histoire, a proposé à plusieurs communes du secteur la pose d’une plaque en mémoire des Juifs déportés de leur ville. Seule Le Pouliguen a répondu positivement. La plaque a été posée le 26 avril aux monuments aux morts, sur le port, en présence de lycéens guérandais. Pas de réponse de La Baule et Pornichet, Saint-Nazaire a opposé un refus. Par ailleurs, une demande de pose d’une autre plaque, sur le site de la villa Kerfaouët, est toujours en attente.

Deux “Justes” Baulois

Quelle a été à l’époque l’attitude des autorités locales ? Peu d’informations ont encore émergé à ce sujet.

Il est à noter que les 2/3 des raflés de juillet 1942 en Loire-Atlantique venaient de l’arrondissement de Saint-Nazaire, selon les données recueillies par les documentalistes de Galilée. Zèle ? Faible résistance ? Charles-Henri de Choiseul estime pourtant « que l’armée allemande s’est chargée de la besogne car elle n’avait pas confiance en la police ».

De fait, le commissaire de La Baule, Henri Gillot, averti d’arrestations imminentes, a prévenu une famille juive de sa connaissance, les Borowski. Il a permis leur fuite avec l’aide du docteur Louis Malécot. Ce dernier, après avoir posé un bandage sur la tête du père, et posé un faux plâtre au bras du fils de 5 ans, a mis tout ce petit monde dans une ambulance, qu’il a lui-même conduit à Angers, déjouant les barrages. Les Borowski ont pu rejoindre la France libre.

Henri Gillot et Louis Malécot se sont vus remettre la médaille des Justes, à titre posthume, au cours d’une cérémonie à La Baule en 2010.

Julien Bouliou

http://www.lechodelapresquile.fr/2015/07/30/rafle-de-juillet-1942-les-66-juifs-dela-presquile-sortis-de-loubli/

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