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Actualités2012

article sur la philosophie dans le manga

Par webmestre galilee, publié le mardi 17 avril 2018 15:01 - Mis à jour le mardi 17 avril 2018 15:01

 

La chronique philosophique
 
 
Dans cette chronique, je vous invite à vous questionner sur les concepts et idées philosophiques véhiculés par les auteurs d’œuvres diverses, et auxquelles vous ne prêtez pas forcément grande attention.
 
Ce journal étant un spécial Halloween, il est donc tout à fait normal que nous abordions des sujets liés à cette fête et je laisserais de côté tout ce qui est bonbons et déguisements pour me concentrer d’avantage sur le côté sombre de cet évènement, notamment le rapport à la mort avec le manga Death Note, œuvre écrite par Tsugumi Oba.
 
Pour ceux d’entre vous qui ne connaîtriez pas cette œuvre (car tout le monde n’est pas un inconditionnel des mangas), elle se déroule dans un monde comme le nôtre, mais dans lequel existeraient des dieux de la mort, êtres tuant des hommes à l’aide d’un cahier dans lequel il suffit d’écrire le nom d’une personne pour provoquer sa mort, le death note. Mais lorsqu’un jour Ryuk, dieu de la mort, décide de laisser tomber par ennui son death note dans le monde des humains, c’est Light Yagami, brillant étudiant japonais qui en fait l’acquisition et se lance dans un projet à grande échelle : éliminer tous les criminels pour créer une société dénuée de crime.
 
Maintenant que nous sommes tous sur un pied d’égalité pour comprendre la suite, nous pouvons voir les notions philosophiques incarnées par chacun des personnages de l’œuvre, mais la nécessité de ne pas faire trop long ne nous laissera le temps que de n’observer cette fois ci que le très complexe Light Yagami. Elève talentueux dans tous les domaines et ayant du succès auprès des filles, il est l’un des personnages réunissant le plus grand nombre de concepts philosophiques de ce manga, tel qu’une corruption de l’homme qui serait antérieure à la vie en société.
 
Rousseau, écrivain philosophe du XVIIIe siècle écrit dans son discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes que l’homme nait naturellement bon, mais fini corrompu par la vie en société. Et si au contraire l’homme naissait naturellement mauvais ? Light Yagami en serait donc l’exemple parfait, car las d’assister aux crimes impunis des criminels de Tokyo, il n’hésite pas une seule seconde à utiliser le death note pour les châtier, n’ayant aucun scrupule à tuer les enquêteurs qui lui tourne autour, au nom de ce monde parfait qu’il essaye de créer. Après tout, serions-nous toujours enclin à respecter les lois si nous pouvions les bafouer sans aucun risque de représailles ? Il ne serait en effet pas incorrect d’établir l’hypothèse d’une violence présente en chacun de nous, retenue par la seule peur d’une répression incarnée par l’autorité, que ce soit la police pour les adultes, ou tout simplement les parents pour les enfants et adolescents.
Ainsi, Light Yagami ne serait donc qu’une personne normale, comme vous et moi, mais ayant obtenu la possibilité d’agir en toute impunité. Mais là où ce personnage diffère du plus grand nombre, c’est qu’il se lance dans un projet visant le bien de l’humanité, plutôt que d’employer se pouvoir pour son intérêt propre (du moins au début). C’est en effet la conception que l’on peut avoir du héros, et la création d’un monde parfait justifierait donc l’utilisation de méthodes proscrites.
Mais un monde parfait ne serait-il pas finalement rien de plus qu’une utopie ? Car il est juste de se demander si un monde bâti sur la mort et la peur peut réellement atteindre cette perfection tant désirée.
Et pourtant, nous sommes forcés de constater que Light n’a été qu’à un fil de la réussite, parvenant même à donner naissance à un culte de Kira (nom signifiant « tueur » utilisé par Light comme pseudonyme) dans lequel il était considéré comme un dieu par l’ensemble des pro-kiras, soit la quasi-totalité du monde à la fin de Death Note, et à réduire le taux de criminalité à un seuil quasi nul. Mais quel est donc l’élément qui peut pousser un jeune lycéen comme vous et moi à entreprendre un but aussi complexe, louable par son objectif mais blâmable par les moyens utilisés ? C’est là qu’intervient la notion de justice incarnée par ce personnage, ainsi que la question de la peine de mort.
 
En effet, c’est un profond sens de la justice et une déchéance totale face à une criminalité impunie qui devient le moteur de la folle entreprise de Light et de son désir d’agir là où les limites de la justice se font cruellement sentir. Vient donc la question de la peine de mort, et de la valeur qu’elle prend dans Death Note. Dans un pays comme le nôtre où la peine de mort a été abolie, ce manga soulève de nombreuses questions morales, à commencer par le bien-fondé de cette sentence. Car nous devons admettre que la peur de la mort est un moyen efficace de faire passer l’envie du crime, dès l’instant où elle devient la sentence pour tout acte, du petit délit au meurtre. Mais la possibilité de mettre fin à la criminalité justifie-t-elle que l’on s’accorde le droit de tuer des êtres humains, qu’ils soient coupables ou non ? Nous assistons donc dans ce manga à la suppression de la vision manichéenne du monde, et dans lequel Tsugumi Oba parvient à pousser le lecteur à s’identifier à un adolescent tueur, anti héros d’une œuvre peu ordinaire auquel nous n’avons guère l’habitude d’être confrontés.
 
Sora.